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TidBITS#495/30-Aug-99

C'est la fin du monde ! Et cette fois-ci ce n'est pas la station MIR qui nous tombe sur la tête mais tout simplement le disque dur de Jeff Carlson qui rend l'âme... Lisez pour découvrir comment "DriveSavers" lui a restitué ses données emportées dans la catastrophe. Nous passons également en revue "Apple Confidential", un livre bourré de petites anecdotes d'initié et d'informations inédites sur l'histoire tumultueuse d'Apple. Au menu nouveautés, nous notons des révolutions dans l'univers du PowerPC, la sortie du réseau sans fil SkyLINE et des mises à jour pour Anarchie, Documents to Go, et BBEdit Lite.

Sommaire :

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MailBITS/30-Aug-99


MailBITS/30-Aug-99

Farallon Ships SkyLINE Wireless PC Card. -- Alors que la technologie AirPort d'Apple se rode encore, Farallon vient de poser le premier pied dans l'univers du réseau Macintosh sans fil, en proposant SkyLINE, une carte de communication sans fil, permettant de créer un réseau Ethernet sans fil entre des Mac et des PC équipés de cette carte. SkyLINE est basé sur la même norme d'Ethernet sans fil (802.11) que la technologie AirPort à 11 Mbps d'Apple, et les premiers tests de Farallon montrent que les deux sont compatibles. Un Mac équipé d'une SkyLINE peut aussi fonctionner avec des points d'accès (l'équivalent de la Airport Base Station) fabriqués par Nokia, Lucent, MaxTech, Nortel, et Zoom, ou encore travailler en réseau à deux postes avec un autre Mac équipé d'une carte SkyLINE. Le rayon de fonctionnement varie de 1 000 pieds (305 m) à 300 pieds (91 m) en intérieur. Les cartes SkyLINE coûtent 300 US$ l'unité, et sont agréées en Amérique du Nord, en Australie, et en Europe (sauf en France et en Espagne). Des autorisations devraient être obtenues pour la France, l'Espagne et le Japon. Même une fois qu'Apple aura lancé AirPort, SkyLINE devrait rencontrer un succès, en permettant aux PowerBook actuels de goûter aux joies du réseau sans fil.

http://www.apple.com/airport/
http://www.farallon.com/tidbits/skyline.html

Anarchie 3.6.1 élimine le bogue du contrôle de version. -- Stairways Shareware vient de sortir Anarchie 3.6.1, une mise à jour petite mais importante pour Anarchie 3.6, sorti il y a quelques semaines seulement. En effet, la version 3.6.1 élimine un bogue qui empêchait Anarchie de vérifier si des version plus récentes du logiciel étaient disponibles ; ce bogue avait en outre le potentiel de rendre instables d'autres fonctions du logiciel. La mise à jour est bien entendu gratuite, et Stairways conseille à tous les utilisateurs d'une version 3 d'Anarchie de télécharger les 1,4 Mo de la mise à jour. [ACE]

http://www.stairways.com/anarchie/
http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbart=05516

DataViz propose "Documents to Go" pour les agendas électroniques Palm. -- DataViz annonce la sortie de la version 2.002 de son utilitaire "Documents to Go", qui permet de visualiser des fichiers de traitement de texte et de feuilles de calcul sur un agenda électronique Palm. (Nous avons parlé de "Documents to Go" dans "Palm Desktop Marks Return of a Familiar Organizer" in TidBITS-469.) La mise à jour, qui concerne tant la version Mac que Windows du logiciel, offre de nouvelles fonctions permettant de créer, éditer et supprimer des marque-pages à l'intérieur des fichiers visualisés. Ces marque pages reconnaissent la commande "Insérer Signet" de Word 98 pour Mac. De plus, la version Mac de "Documents To Go" sait désormais lire les fichiers AppleWorks/ClarisWorks 5, reconnaît les commandes AppleScript et est livré avec un menu contextuel qui permet d'intégrer de nouveaux documents sans avoir à lancer l'application principale. La mise à jour est gratuite pour les utilisateurs enregistrés et se présente sous la forme d'un fichier de 4,9 Mo à télécharger. [JLC]

http://www.dataviz.com/Products/PIM-PDA/DxTG/DxTG_home.html
http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbart=05300

BBEdit Lite 4.6 - toujours gratuit et toujours aussi bien. -- Bare Bones Software vient de sortir BBEdite Lite 4.6, la dernière version de leur vénérable éditeur de texte gratuit (présenté maintes fois dans TidBits aux cours des dernières années). La mouture 4.6 apporte de nombreuses améliorations tant au niveau de l'interface utilisateur que des performances mais aussi dans la gestion des extensions et les fonctions de recherche/remplacement utilisant les modes de tri du langage GREP ainsi que des raccourcis claviers personnalisables pour chacune des commandes menu. Comme à son accoutumée, BBEdit Lite 4.6 a su rester svelte et occupe très peu d'espace disque. De plus, ses fonctions peuvent être étendues à l'aide de modules dont quelques uns sont fournis. BBEdit Lite reste un excellent moyen pour démarrer le traitement de texte avancé tel qu'utilisé pour la gestion d'un site web ou pour faire des recherches dans une collection de documents. Si BBEdit Lite n'est pas assez costaud à votre goût, sachez que les utilisateurs inscrits peuvent acquérir la version commerciale de BBEdit à un prix avantageux. BBEdit Lite 4.6 pèse 1.7 Mo et nécessite le Système 7.0 ou mieux (Système 7.5 ou mieux sont recommandés). [GD]

http://web.barebones.com/free/bbedit_lite.html
http://hyperarchive.lcs.mit.edu/HyperArchive/Archive/text/bbe/
http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbtxt=BBEdit%20Lite


Changements en vue dans l'univers du PowerPC ?

by Geoff Duncan geoff@tidbits.com

L'avenir s'assombrit-il pour les processeurs PowerPC ? En tout cas, il semble il y avoir de l'eau dans le gaz entre IBM et Motorola, les fabricants du processeur. Il y a un peu plus d'un an, les deux entreprises n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur le G4 - particulièrement au niveau de l'intégration de l'unité vectorielle Altivec - sans compter le choix par chacun d'orientations différentes, Motorola misant sur Altivec en passant outre les facilités de conception de la famille PowerPC et IBM se concentrant sur les processeurs embarqués ainsi que les produits serveur. Deux développements annoncés dernièrement ont fait des vagues même s'ils ont contribué à clarifier la situation : IBM prévoit de vendre des cartes mères pour ordinateurs à base de PowerPC, et Motorola a décidé de racheter MetroWerks, le plus important éditeur d'outils de développement pour Mac OS et le PowerPC.

A bord d'IBM. -- Ce mois-ci, lors de la conférence LinuxWorld à San Jose, les ingénieurs d'IBM ont annoncé qu'ils mettaient en circulation, à l'intention des revendeurs, une gamme de cartes mères dotées de processeurs PowerPC afin que ceux-ci puissent assembler et vendre des ordinateurs PowerPC 750 (également connus sous le nom de PowerPC G3 dans le monde Macintosh). La conception de cette carte s'appuie sur les caractéristiques du CHRP, (Common Hardware Reference Platform - plateforme commune de référence pour le matériel informatique), en conséquence non seulement elle ne nécessite aucune technologie spécifique supplémentaire mais en plus n'est pas gênée par une quelconque barrière légale qui freinerait la production immédiate. IBM ne semble pas vouloir construire de machines elle-même, mais d'autres constructeurs pourraient franchir le pas, voire même y ajouter des choses. L'idée est de faire produire des machines à base de PowerPC par d'autres fabricants qui proposeraient Linux comme système d'exploitation, ce qui fournirait d'énormes gains de puissance comparativement à d'autres plates-formes Linux (notamment pour les calculs à virgule flottante souvent utilisés pour les opérations de rendu d'images). Un gros marché pour des machines Linux à base de PowerPC permettrait, à terme, à IBM de vendre plus de PowerPC.

Il est encore trop tôt pour savoir quelles seront les répercussions que causeront les systèmes basés sur UNIX mais fonctionnant sur PowerPC, pour le monde du Macintosh. Apple permettra-t-il que Mac OS et même Mac OS X, déjà bâti sur UNIX, fonctionne sur des systèmes non Apple ? On peut craindre que non si on se souvient de l'attitude de Steve Jobs vis-à-vis des constructeurs de clones. L'arrivée sur le marché de machines puissantes fonctionnant avec Linux sur processeur PowerPC devrait permettre de remonter la cote de popularité de ces processeurs et par conséquent celle de Apple. Apple ne devrait pas perdre de clients au profit des systèmes PowerPC/Linux, car peu de gens achètent des Mac pour ensuite y installer Linux. D'un autre côté, l'initiative de code source ouvert de Apple, DARWIN, qui représente le coeur du système Mac OS X, pourrait permettre de porter celui-ci sur l'environnement PowerPC/Linux. Une perspective fort intéressante.

http://db.tidbits.com/ getbits.acgi?tbart=04119
http://db.tidbits.com/ getbits.acgi?tbart=05318

Motorola rachète Metrowerks. -- La division "semi-conducteurs" de la société Motorola a annoncé son intention de se porter acquéreur de l'éditeur d'outils de programmation Metrowerks, à hauteur de 95 millions de dollars US (à condition que les actionnaires et les autorités légales approuvent cette transaction). Metrowerks est l'éditeur de la gamme de produits CodeWarrior qui est l'environnement de développement par excellence pour les programmes fonctionnant sous Mac OS. Metrowerks développe aussi des versions pour plusieurs variantes de Linux ainsi que pour Microsoft Windows, Solaris, Java, Palm, consoles de jeux et autres. Selon Motorola, l'achat de Metrowerks devrait les aider à développer les logiciels de base pour leur nouveau projet "DigitalDNA" ainsi que pour toute une gamme de produits grand public, du téléphone cellulaire en passant par la télévision digitale et les communications dans le secteur de l'automobile.

http://www.mot-sps.com/

http://digitaldna.com/

Metrowerks fonctionnera comme une entité distincte de Motorola et gardera ses directeurs actuels. La ligne de produits CodeWarrior devrait donc continuer à être développée (incluant la version pour Mac OS). Toutefois, cette acquisition de Motorola compliquera quelque peu les choses pour Apple puisque Motorola deviendra, par le fait même, le seul fournisseur de puces PowerPC de Apple ainsi que le propriétaire de l'environnement de développement par excellence pour Mac OS.


A lire sur les plages : Apple Confidential

par Adam C. Engst ace@tidbits.com

Venant juste de finir d'écrire deux livres qui devraient sortir en octobre, j'ai rétrogradé à une vitesse de croisière plus relaxante et me suis plongé dans un peu de lecture estivale. Le premier livre à finir sur ma liste était celui de Owen Linzmayer : "Apple Confidential" (NdT : Apple pour les initiés - une allusion au célèbrissime roman de James Ellroy, "L.A. Confidential"), une enquête sur la tumultueuse histoire d'Apple, depuis sa fondation jusqu'au salon Macworld de San Francisco, en 1999 [No Starch Press, ISBN 1-88641-28-X, vendu 17.95 US$ voire moins chez Amazon.com. Si vous voulez un exemplaire signé, vous pouvez l'acheter directement chez Owen].

http://pweb.netcom. com/~owenink/confidential.html
http://www.amazon.com/exec/obidos/ISBN=188641128X/tidbitselectro00A/

En dépit de son nouveau titre et du changement d'éditeur, "Apple Confidential" est essentiellement une nouvelle édition du livre publié par Owen en 1994, "The Mac Bathroom Reader" (dans l'Angleterre victorienne du mouvement piétiste, "A Bathroom Reader" était un petit livre suspendu à un clou dans les cabinets et contenant des maximes pieuses et des courtes histoires édifiantes, suffisament brèves pour être lues alors qu'on était aux toilettes et mettre ainsi à profit spirituellement un moment "honteux". C'est une tradition encore solidement établie en Rhénanie et j'ai découvert bon nombre d'auteurs tel Saki ou S. Maugham ainsi [Grégoire]). Ce livre était une collection de citations, de faits, et d'anecdotes tournant autour du Mac. Malgré le fait que je sois parmi ceux qui estiment que lire aux cabinets est une coutume étrange (et inconfortable), le choix du titre me semblait judicieux étant donné qu'il était essentiellement composé de chapitres courts et de citations, d'à-côtés et autres condensés d'informations rapides à lire et faciles à digérer. "Apple Confidential", au contraire, ne tire pas aussi bien partie de ce concept car il finit par être répétitif et malhabile dans des parties où les chapitres indépendants sont forcés de dupliquer des informations pour coller aux différents aspects de l'histoire d'Apple.

Et pourtant ! Quelle histoire ! Et quel travail de bénédictin de la part d'Owen ! Cela fait presque 10 ans que je suis les faits et gestes d'Apple, et j'ai toujours eu un penchant pour la petite histoire derrière la grande, la réalité quotidienne derrière la facade publique des sociétés de la planète Macintosh. Sous-titré "La véritable Histoire d'Apple Computer, Inc.", "Apple Confidential" ne déçoit pas son lecteur, vous livrant des informations que vous êtes peu susceptibles de trouver ailleurs. Owen a parlé à un grand nombre de gens de chez Apple pendant l'écriture de son livre, et son furetage lui a permis d'en découvrir beaucoup sur les motivations réelles ayant abouti à certaines épisodes dans la vie de la société, ainsi que les détails de leur déroulement.

On se régale à suivre, par exemple, de l'intérieur l'itinéraire de ayant mené aux plus célèbres spots publicitaires d'Apple, tel le légendaire "1984" inspiré par George Orwell, avec la blonde Anya Major (qui avait été choisie parce qu'elle était aussi une championne en lancer de poids), ou le lugubre "Lemmings", montrant des cadres costard-cravate se précipitant les uns après les autres du haut d'une falaise. Les deux spots furent l'objet de tant de controverses chez les cadres d'Apple que l'ancien PDG John Sculley ordonna à l'agence Chiat/Day de revendre les espaces publicitaires achetés à l'occasion de la coupe américainne de football "Super Bowl". Pour la diffusion de "1984", Chiat/Day parvint à revendre 30 des 90 secondes qu'Apple avait achetées pour le diffuser, et John Sculley laissa à William Campbell (alors vice-président marketing, à présent Président du conseil d'administration de la société Intuit) et à E. Floyd le soin de décider s'il fallait ou non diffuser "1984". Ces derniers décidèrent de risquer le coup et la suite leur donna raison. Avec "Lemmings", cependant, Chiat/Day réussirent à vendre la totalité des 60 secondes réservées par Apple et durent les racheter en catastrophe quand Sculley s'en lava encore les mains et passa le bébé de la décision au directeur marketing Mike Murray ; ce dernier fit l'erreur de diffuser "Lemmings" et déclencha la polémique. En rétrospective, Owen remarque dans son livre que si la succès de "1984" était épaulé par le révolutionnaire Macintosh, le plus controversé "Lemmings" était destiné à présenter la suite bureautique "Macintosh Office", reposant essentiellement sur le concept de connecter des Macintosh en réseau à une imprimante LaserWriter et de partager des fichiers par le biais d'un serveur. Malheureusement, bien que "Macintosh Office" reposait sur un bon concept, le serveur fichier ne fut vraiment prêt que deux ans plus tard, ce qui amena Jean-Louis Gassée, alors directeur général d'Apple France et qui fournit une bonne part des citations dans le livre d'Owen, à rebaptiser le produit "Macintosh Orifice."

Des histoires semblables abondent chez Apple, ce qui donne une idée de ce qu'il se passait dans la société lors des règnes des différents PDG : Steve Jobs, John Sculley, Michael Spindler (dont la mission était de liquider Apple au cours de ses trois ans de règne), Gilbert Amelio et à nouveau Steve Jobs. C'est cette partie qui intéressera le plus ceux qui ont déjà lu "The Mac Bathroom Reader" car les cinq dernières années ont été quelque peu mouvementées pour Apple. Des technologies comme Copland sont nées puis ont disparu, l'action Apple a grimpé, puis chuté avant de grimper à nouveau, et nous avons vu les fabricants de clones Macintosh prendre de l'ampleur et occuper le terrain avant de se faire tailler en pièces par Apple. Tout le monde sait qu'Apple, en tant qu'entité, a toujours été une société difficile à diriger. Comme les PDG ont toujours été tenus pour responsables des décisions importantes qui ont modelé la compagnie telle que nous la connaissons aujourd'hui, il est donc intéressant de suivre rétrospectivement leur parcours.

Dans la vie normale, Owen Linzmayer écrit principalement pour des magazines consacrés au Macintosh et son expérience de journaliste se fait sentir tout au long d'"Apple Confidential" dans un style cependant différent de celui d'un article. Le plus attrayant est le niveau de précision atteint dans son ouvrage. Il est toujours désagréable de lire un livre consacré à un sujet que vous connaissez bien et d'être en désaccord avec les faits ou l'analyse, car vous finissez par douter de la véracité du reste de l'ouvrage. Bien que je ne sois absolument pas un expert des affaires internes d'Apple, notamment à ses débuts, je n'ai jamais remis en question les faits rapportés ou les commentaires apportés dans le livre d'Owen.

On a également le sentiment qu'Owen a fait de nombreuses recherches pour alimenter ses articles dans les magazines. En effet, non seulement il est intéressant de consulter des chiffres, telles par exemple les dates de sorties des différents modèles ou systèmes Mac, mais encore extrêmement utile pour qui veut s'essayer à écrire sur Apple. De même, c'est instructif de voir sous le règne de quels dirigeants les bénéfices trimestriels d'Apple se sont écroulés, en se référant à un graphique qui les récapitule sur les quatre dernières années.

Pour conclure, je pense que "Apple Confidential" me sera d'un précieux recours pour rédiger mes articles : c'est la meilleure source pour y puiser faits, anecdotes, citations et noms de code (il en est sorti un très intéressant après la publication du livre : c'est le Powerbook G3 au clavier "bronze", communément connu sous le nom de "Lombard" ; "101" pour le personnel de chez Apple). Vous ne vous servirez probablement pas d'"Apple Confidential" de la même façon que moi, mais si vous vous intéressez aux sursauts de la planète Apple/Macintosh, vous passerez de longues et agréables heures sur la cuvette de vos WC à savourer les informations dont regorge ce livre.


DriveSavers à la rescousse !

par Jeff Carlson jeffc@tidbits.com

Il ya longtemps de cela, une nuit, alors que je finisssais tardivement de taper un article pour le journal de mon lycée sur le tout nouveau MacPlus de la rédaction, j'achevais mon article et l'enregistrais sur ma disquette (NdT : à l'époque les ordinateurs n'avaient pas de disque dur). Peut-être étais-je content d'avoir fini ce travail ou peut-être avais-je besoin de défouler mon énergie de jeune mâle, mais le fait est que je me levais, disquette à la main et mimais le geste d'un lanceur de base-ball qui s'apprête à envoyer sa balle... le seul problème est qu'au lieu d'une balle, ce fut ma fragile disquette qui échappa à l'étreinte de mes doigts et alla se fracasser contre une armoire métallique à l'autre bout de la pièce.

Le vol plané de cette disquette me hante à ce jour, un souvenir en ralenti, comme on les voit dans les émissions sportives à la télévision, avec l'éclairage adéquat et une faible profondeur de champ. A l'impact, des petits éclats de plastique beige explosèrent avant de retomber sur la surface magnétique froissée qui contenait l'unique exemplaire de mon travail. Ce fut ma première expérience de la fragilité de la haute technologie qui nous entoure au quotidien.

Il y a quelques semaines, le souvenir de cette malheureuse disquette m'est revenu en force lorsque le disque dur de mon PowerBook a commencé à emettre de drôles de bruits avant de refuser tout bonnement de fonctionner. Resusciter le disque dur, mais plus important encore, récupérer les données qu'il contenait, a nécessité plus qu'un simple petit coup de S.O.S. Disque. Il m'était arrivé par le passé de me demander ce que valaient les services de récupération de données du genre "DriveSavers", c'était l'occasion de m'en rendre compte par moi-même.

http://www.drivesavers.com/

Voici la façon dont les disques durs meurent. -- J'avais toujours pensé que le crash d'un disque dur serait un grand spectacle visuel. Après analyse des différentes façons dont les données sont représentées sur un écran, vous pourriez penser que des données détruites entraîneraient des couleurs vives et des feux d'artifice numériques. Au lieu de cela, la démission de mon disque dur ne fut qu'un évènement audible : après avoir pressé la touche Commande-S pour sauver un fichier, le disque tourna un certain temps, puis émis quelques clicks rapides suivis de bruits secs plus forts.

Je coupais le courant du PowerBook puis redémarrait, mais n'obtins rien d'autre que la célèbre icone d'une disquette agrémentée d'un point d'interrogation. En démarrant à partir du CD-ROM MacOs 8.5, tout marchait bien, mais aucune de mes partitions du disque dur n'apparaissait, ou n'étaient visibles avec "S.O.S Disque" ou bien "Outil Disque Dur". À chaque fois que je mettais la machine sous tension, cependant, les clics et les clacs se faisaient entendre. Dans ma tête, je visualisais le bras de lecture du disque entrain de saccager les différents plateaux du disque, j'éteignis donc tout, espérant ainsi minimiser les dommages additionnels.

Par chance, inspiré par les articles d'Adam sur la sauvegarde de mon Macintosh (voir la série "Backed Up Today ?" débutant dans TidBITS-432), j'avais finalement acheté un appareil de sauvegarde sur bandes DAT et disposais donc d'une sauvegarde de mes données. Malheureusement, comme c'est trop souvent le cas avec la technologie, je m'étais laissé berner par le fait que tout semblait bien fonctionner et n'avais pas jugé bon de vérifier l'intégrité de la sauvegarde de mes données. Ainsi, et ce alors que j'avais effectué des sauvegardes régulières de mes données, une erreur de ma part dans le script de configuration avait eu pour conséquence une récupération de données erronées : au lieu de d'avoir exclu les fichiers engrangés chaque jour dans la mémoire tampon (cache) de mon navigateur, ces fichiers étaient en fait les seuls fichiers à être sauvegardés. Enfer et damnation.

http://db.tidbits.com/getbits.acgi?tbser=1041

J'avais fait une sauvegarde complète deux semaines plus tôt, la plupart de mes données étaient donc disponibles. Une sauvegarde incrémentale séparée, faite au bureau, réduisait la perte des données à une semaine... Mais il y avait le courriel ! Je reçois beaucoup de courrier électronique, et au fil des ans mon programme de gestion de courriels en est venu à diriger ma vie. Avec horreur je réalisais qu'une semaine entière de notes, de rendez-vous, de dates de bouclage, de conversations et de conventions s'était envolée. Et bien sûr, cela se passait juste au moment où je me trouvais embarqué dans un certain nombre de projets charette...

Un calme froid et terrifiant m'a envahi, comme ce qui arrive au personnage de Roy Scheider dans le film "Les dents de la mer" quand il aperçoit le requin tueur pour la première fois et se dit, "On va avoir besoin d'un plus grand bateau". J'ai compris alors que ma semaine allait être longue.

http://us.imdb.com/Title?0073195

Contrôle des dégats. -- Après avoir contacté "Drive Savers" (au 800/440-1904 ; hors des États-Unis et du Canada ils peuvent être joints au 415/382-2000), et vérifié que le problème était vraisemblablement dû une défaillance matérielle, j'ai sorti le disque dur de la machine - une simple formalité grâce à l'ergonomie du PowerBook G3 - et je l'ai envoyé au siège de la compagnie à Novato, en Californie.

Entre-temps, à partir de mes sauvegardes, j'ai restauré les données que j'ai pu sur un disque dur externe APS, qui est devenu ainsi le premier disque de démarrage pour le PowerBook G3. À certains moments j'avais besoin de portabilité, et comme trimballer le disque externe était une solution pauvre et inélégante, j'ai remis en service mon PowerBook 5300cs, et je l'ai chargé de mes courriels vieux d'une semaine et de fichiers essentiels. La différence de vitesse entre les deux machines était insuportable, mais au moins je ne perdais pas ma mobilité, ce qui minimisait les dommages collatéraux à mon travail. Dans ce cas particulier, mon PowerBook 5300 m'a été plus utile comme machine de dépannage que pour quoi que ce soit que j'ai pu faire avec du temps où c'était ma machine principale.

DriveSavers à la rescousse ! -- Alors que je me débattais pour reconstituer les fragments de mon travail perdu et de mes échanges électroniques, les techniciens chez DriveSavers s'activaient sur mon disque dur défunt. Si vous ne connaissez pas "DriveSavers", la description de leur stand lors de Macworld Expo vous donnera une idée de leurs activités. Entre un "PowerBook 100" noyé au fond d'un aquarium ou un PC de bureau a moité fondu et carbonisé tout est fait pour vous faire comprendre que DriveSavers se spécialise dans la récupération de données consécutive aux catastrophes les plus variées. (Vous pouvez lire des descriptions des catastrophes les plus marquantes sur la page "Musée des catastrophes et bizareries" de leur site Web.)

http://www.drivesavers.com/0/museum.html

John Christopher, mon contact chez "DriveSavers", m'informa que le crash de mon disque dur était dû à une pince de tête défectueuse, la pince de tête étant l'armature qui maintient les têtes de lecture/écriture en place. Pour effectuer ce diagnostic, DriveSavers utilise un mécanisme développé par eux-mêmes qui teste plusieurs fonctions mécaniques du disque dur. Les disques durs endommagés ne sont jamais installés et montés sur un ordinateur, de peur que le logiciel de récupération de disque ne modifie la structure des données stoquées sur le disque dur et rende encore plus difficile leur récupération.

"Nous avons une équipe de techniciens qui travaillent en atelier stérile et qui ne font rien d'autre que démonter des disque durs" m'a-t-il dit. "Dans votre cas, le technicien a identifié la cause de la panne, a démonté la pince de tête et l'a remplaçée avec une pince du même modèle." DriveSavers dispose d'une centaine de Macintosh couvrant toute la gamme, depuis le 128 K jusqu'aux derniers modèles, ainsi qu'au moins un exemplaire de n'importe quel support de stockage externe jamais commercialisé, sans parler d'un stock de pièces détachées pour au moins 3 000 modèles différents de disques durs et lecteurs. "Une fois remplacée la pièce défectueuse, nous fabriquons un clone du disque dur, copiant à l'identique tous les secteurs du disque. Nous faisons cela parce que l'expérience nous a appris que, quand le disque dur arrive chez nous, il nous reste souvent plus qu'une seule chance de récupérer quoi que ce soit avant que tout le disque dur ne rende l'âme."

Dans mon cas en fait, récupérer les données s'est avéré une tâche plutôt facile, puisque la panne n'avait pas corrompu les informations du disque dur. "Nous avions une arborescence de répertoires parfaite, ainsi j'ai pu monter le clone et recopier toutes les données", dit John. "Dans la plupart des cas, ce n'est pas si facile, et nous devons nous en remettre à un logiciel spécialisé que nous avons écrit nous même pour parcourir le disque et obtenir la meilleure récupération possible."

Le diagnostic, la récupération et la restauration de mes données a pris environ sept heures. Démonter et réassembler prend généralement une heure. Le clonage et la récupération prennent au moins deux heures, en fonction de la quantité d'informations contenues sur le disque. "DriveSavers" vérifie les données, et recherche des virus avant transférer les données sur le support de votre choix (cédérom, zip, jaz, disques durs). Un service "express" appelé "DataExpress" est proposé par DriveSavers : il vous permet de télécharger vos données depuis leur site ftp, sans avoir à attendre qu'un coursier vous rapporte votre disque resuscité. Cette option peut s'avérer précieuse pour les clients de la côte Est des Etats-Unis (NdT : à cause du décalage horaire).

"J'ai fait une urgence une fois pour un gars à New York," m'a raconté John. "Il me l'a envoyé par coursier express porte-à-porte. Le disque dur est arrivé à 9 heures du soir, heure Pacifique, et j'ai fini la récupération des données à 3 heures du matin. Il a donc pu commencer à télécharger ses données à 6 heures du matin, heure de la côte Est. À 9 heures du matin, son serveur était à nouveau en ligne, comme si de rien n'était."

Six jours après avoir été témoin de la mort de mon disque dur, j'ai recu un paquet par UPS qui contenait mon disque hors d'usage et cinq CD-ROM sur lesquels se trouvait tout le contenu de mon disque au moment de la panne et qui m'offrent maintenant l'avantage supplémentaire d'être des archives permanentes de mes données à cette date. Combien cela coûte ? Dans une situation comme la mienne, dans laquelle DriveSavers a pu faire la récupération des 4 Go de données dans les limites de leur tranche "24-48 heures", le coût peut aller de 900 US$ à 2 800 US$ en fonction de la nature du problème. Il existe par ailleurs des options de contrats prioritaires, économiques, internationaux ou d'intervention sur site, voir même un plan de maintenance de haute sécurité. Vous le constatez, les services de DriveSavers ne sont pas bon marché, mais si vos données sont vraiment vitales pour vous, le jeu en vaut la chandelle..

Des problèmes de garantie. -- Mes données maintenant disponibles, il me restait à remplacer le disque endommagé. Puisque le PowerBook avait moins d'un an, le disque pouvait être remplacé sous garantie. Mais, dans la mesure où les techniciens de DriveSavers avaient ouvert le boîtier du disque, une opération qui normalement annule la garantie, je devais vérifier que j'étais toujours couvert par la garantie. Heureusement mes craintes étaient sans fondement ; plus de quatre cents disques durs passent dans les ateliers de DriveSavers par mois, et leur collaboration avec les fournisseurs de matériel et de supports de stockage est donc intense. J'ai pu faire remplacer mon disque dur en profitant de la garantie.

La plus grosse surprise, à ce stade déjà avancé, a été de trouver un fournisseur de services local qui était en mesure de commander un nouveau disque. L'une des sociétés exigeait que je leur apporte mon PowerBook afin que leurs employés puissent diagnostiquer le problème (ce qui était impossible, puisque le disque original avait été ouvert et modifié par DriveSavers), pour qu'ensuite ils commandent le nouveau disque dur et l'installent eux-mêmes - ce qui aurait signifié que je me serais retrouvé sans mon PowerBook pendant au moins cinq jours, alors qu'il fonctionnait parfaitement. Après avoir interrogé les gens ici et là, je suis allé chez "MacTechs", un centre de services du coin certifié par Apple. Le magasin a commandé le nouveau disque et me l'a remis en échange du disque dur endommagé.

http://www.mactechs.com/

Le fait d'appeler Apple directement n'a pas été utile dans ce cas, mais relativement divertissant. Après mon explication de la situation, la personne de l'assistance technique à laquelle je m'adressais m'a demandé si c'était "DriveSavers" qui avait enlevé le disque. Lorsque j'ai répondu non, elle m'a indiqué que j'avais peut-être annulé ma garantie en enlevant le disque moi-même, puisque Apple considère que seule la mémoire vive peut être installée par l'utilisateur dans le PowerBook. Ceci contredisait, bien entendu, les pages 81 et 82 de mon manuel du PowerBook, qui expliquaient spécifiquement que n'importe quel utilisateur pouvait enlever le disque "pour des motifs de réparation ou de sécurité". Lorsque je lui ai répondu cela, mon interlocuteur s'est mis un peu sur la défensive, alors je n'ai pas insisté. Comme j'avais déjà une piste de remplacement chez une société locale, je n'ai pas essayé de poursuivre mes démarches auprès de quelqu'un d'autre chez Apple. Il est fort possible, par conséquence, qu'il s'agissait juste d'une personne mal informée.

Tard hier soir, après avoir installé mon nouveau disque dur, recopié les données récupérées sur les CD-ROM de "DriveSavers" et fusionné ces données avec les nouveaux fichiers de la semaine, j'ai fait quelque chose que je n'avais pas eu le loisir de faire jadis, après mon incident dans la salle de rédaction de mon lycée : je suis allé au lit et j'ai bien dormi (pendant que mon lecteur de DAT faisait une bonne copie de sauvegarde, bien entendu).


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